En effet, notre société européenne, occidentale, nous impose un rythme de vie, qui se concilie parfois difficilement avec certains principes du "bien manger"!
Ainsi, nos façons de manger sont remises en cause : il est plus difficile de manger en famille, à l'exception du repas du soir peut-être. Du coup, la valeur pédagogique du repas familial, le repère qu'il a été pour nos générations dans la façon de préparer ce repas, le respect des règles imposées par la famille n'existent plus, ou en tout cas beaucoup moins. Or, même si chaque individu introduit quelques modifications, ses schémas alimentaires sont très calqués sur ceux de sa famille.
Cette façon d'apprendre à manger "sans le savoir" est en train de disparaître, et est petit à petit remplacée par un apprentissage plus théorique, mais moins efficace : on mange plus avec son instinct et ses habitudes qu'avec son intellect. Et quand on intellectualise trop l'alimentation, alors on ne sait plus où on en est.
Le temps consacré aux repas est également un facteur sociologique important : on ne mange pas de la même façon (ni les mêmes aliments!) en 10 minutes qu'en une demi-heure. Nos emplois du temps font que le temps consacré au repas ne cesse de diminuer, que ce soit en ce qui concerne la préparation du repas ou sa consommation. De même, la consommation d'aliments frais est assujetti à la possibilité de faire son marché ou ses courses une à deux fois par semaine au minimum, ce qui n'est pas forcément possible dans toutes les familles, en terme de temps disponible.
Autre critère important, les moyens financiers : les choix alimentaires sont aussi fonction de la capacité financière des familles. On remarque d'ailleurs que l'obésité de l'enfant se développe plus dans les familles en difficulté financière que dans les familles aisées, sans doute aussi en lien avec le niveau d'instruction. Cela dit, il est tout à fait possible de manger selon les préceptes nutritionnels actuels sans avoir un budget alimentaire spécialement important (le budget moyen d'achat de denrées d'un repas équilibré tournant autour de 1,60 € pour une personne seule).
D'autre part, nos sociétés occidentales valorisent un corps mince, sculpté, en bonne santé, ferme et beau. Cet idéal de minceur modèle nos comportements alimentaires, dans le sens du "manger maigre". Ainsi, tout un chacun se doit d'être mince, alerte, vif, sous peine d'être à la fois mal jugé et mis à l'écart.
Comment s'étonner alors du nombre incalculable de jeunes femmes qui se "bouffent" la vie pour quelques kilos de trop, accablées parce qu "elles ont tous pour être heureuses", mais qui ne le sont pas!
Je dis "jeunes femmes", parce que jusqu'à il y a peu, c'étaient surtout les femmes qui étaient touchées par ce phénomène (cf "corps de femmes sous influence", publication de l'OCHA). Mais les hommes y viennent aussi, de plus en plus.
Du coup, l'alimentation est scrutée quasiment à la loupe, pour ne pas grossir (c'est un minimum), mais aussi pour maigrir. On assiste alors à des alimentations drastiques, destinées à faire perdre 1 à 2 kgs (voire plus!) par semaine. En conséquence de quoi, les personnes "craquent" sur les aliments qu'elles ont elles-même décidées d'écarter de leur alimentation, se sentent nulles de ne pas y arriver, et arrivent à se penser boulimiques, ce qui n'est pas le cas en règle général.
Néanmoins, ce type d'alimentation (alternant le rien et le tout) peut conduire à terme à des troubles du comportement alimentaire. Et que dire de ces petites filles de 9-10 ans, dont le sujet préféré de discussion pendant la récréation porte sur... le dernier régime à la mode, reproduisant en cela les comportements des adultes!
N'oublions pas que notre façon d'appréhender l'alimentation est un modèle pour nos enfants, ils calqueront leur alimentation d'adulte sur ce qu'ils auront vus et appris pendant leur enfance, à la maison plus qu'à l'école en ce qui concerne l'alimentation!
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